

La trajectoire politique de Laurent Wauquiez part d'affinités affichées avec le centriste Jacques Barrot à un changement de crémerie, préférant un idéologue de la droite ultra radicale, Patrick Buisson.
Plusieurs fois ministres sous les (différents) gouvernements Chirac, Barre et Juppé entre 1974 et 1997, Jacques Barrot devient vice-président de la Commission Européenne en 2004 et il laisse alors son mandat de député de Haute-Loire à son suppléant, sorti de l'ENA trois ans plus tôt : Laurent Waquiez. Celui qui est devenu en 2008 maire du Puy-en-Velay décrit son mentor aujourd'hui décédé, Jacques Barrot, comme « son père spirituel ». Il revendique alors une filiation politique avec ce représentant du courant chrétien-démocrate et profondément pro-européen.
En 2005, benjamin de l'Assemblée Nationale, il se dépeint encore comme un catho tendance sociale qui regarderait plus à la gauche qu'à la droite de son parti. Ses préoccupations : laïcité, pauvreté, égalité des chances. Il apparaît d'ailleurs à ce moment comme un des élus à rebours de la droite sarkozyste qui commence à bien définir ses contours.
Mais le jeune Wauquiez quitte rapidement le giron chiraquien pour la galaxie Sarkozy. Il en devient un de ses ministres après son accession à la présidence de la République en 2007 et intègre même sa garde rapprochée. En 2010, il crée son club de réflexion qui deviendra un courant au sein de l'UMP : la Droite Sociale. Il a déjà pris le virage sarkozyste qui a secoué le parti et fait bouger son centre de gravité vers la droite. Son courant se dit toutefois encore issu des « familles démocrates chrétiennes, gaullistes sociales et centristes ». La cinquantaine d'élus qui le garnit forme dans les faits un attelage plutôt hétérogène.
La colonne vertébrale politique de Laurent Wauquiez devient de plus en plus scoliotique. « Jeune loup », « sniper », « franc tireur » de la droite, il n'est plus vraiment ce jeune quadra centriste. En 2011, sa sortie sur le RSA socle et l'assistanat qualifié de « cancer » de la société française finit par trancher le brouillard. Le père ne reconnaît d'ailleurs plus le fils : « J'ai fait entrer le loup dans la bergerie » déclarera Jacques Barrot.
En 2012, son courant devient motion pour le Congrès de l'UMP et prend le nom de « Droite Sociale : défense des classes moyennes - lutte contre l'assistanat ». Dans une bataille opposant Jean-François Copé et François Fillon pour prendre en main le parti, quelques mois après la fin du quinquennat de Nicolas Sarkozy, il roule pour l'ancien premier ministre. Il se désole alors de voir Copé « parler à 90 % d'immigration », en pleine polémique du pain au chocolat.
La droite doit se reconstruire après l'échec de 2012 et la ligne dictée par Patrick Buisson, conseiller de Nicolas Sarkozy, notamment accentuée à la fin de son mandat et durant la campagne présidentielle est remise en question. Une droitisation qui fait notamment la part belle aux questions identitaires contribue à rendre la frontière avec le discours du Front National encore plus poreuse.
Laurent Wauquiez assume parfaitement ce virage et discute toujours avec lui. Au sein de la droite il s'oppose notamment à Alain Juppé, Jean-Pierre Raffarin ou encore Nathalie Koscuisko-Morizet pour qui être à la remorque du FN est une erreur stratégique ; ils prônent, eux, une alliance avec le centre. Même si en 2013 il demandait un droit d'inventaire sur les « réformettes » du quinquennat Sarkozy, en 2014 avec les très sarkozystes Guillaume Peltier et Henri Guaino, Laurent Wauquiez appelle dans Valeurs Actuelles à une « révolution des valeurs » cette droite minée selon lui par des « discours mous » et des « tabous intégrés de la gauche ». La même année il publie « Europe : il faut tout changer » où il plaide pour le retour à une Europe à 6. Mais il se dit toujours « pro-européen ».
Soutien sans faille de La Manif pour tous, il a oeuvré à la nomination au secrétariat national des Républicains de la porte-parole du mouvement Sens Commun dont est issue Anne Lorne, élue sur sa liste aux dernières régionales. Il a souvent critiqué Najat Vallaud-Belkacem accusée d'être une ministre de l'Education « pro-gender ».
Laurent Wauquiez tente aujourd'hui d'incarner et de fédérer la ligne conservatrice d'une droite qui se cherche une ligne idéologique. Sa dernière campagne lors des élections régionales en Auvergne-Rhône-Alpes l'a d'ailleurs démontré. Comme d'autres, il n'a pas peur de mettre FN et PS dos-à-dos lors des seconds tours d'élections. S'il a réussi à faire alliance avec eux avant le premier tour des régionales en 2015, nombre de centristes rhônalpins sont rebutés à l'idée de se retrouver sur la photo de famille avec celui qui dit assumer des "convictions de droite".
Pour le chercheur en science politique Gaël Brustier, Laurent Waquiez apparaît aujourd'hui comme « le grand frère d’une génération de cadres politiques, dont on commence à découvrir l’action et, parfois, l’influence grandissante».