De l’extérieur, c’est un simple pavillon typique des années 60, d’un quartier résidentiel à Chassieu. Derrière la clôture métallique qui l’entoure, Abdel* (prénom modifié) trépigne d’impatience ce mardi 20 février. « Vous voulez un café, on commence la visite ?” lâche t-il chaleureusement, en nous tendant sa main.
À 12 ans, ce jeune homme est l’un des locataires de cette nouvelle maison d’accueil. Un foyer fait sur-mesure par l’association La Rélève où vivent cinq autres mineurs, agés de 10 à 15 ans, depuis le début de l’année. Comme Abdel, ils ont été placés par l’Aide sociale à l’enfance (ASE) à la suite d’une décision judiciaire.
L’objectif de ce lieu ? Reconstruire un « cocon familial » pour ces jeunes reconnus comme porteurs de handicap. Dans la maison, chacun a sa propre chambre. Les enfants les présentent fièrement, une par une. Elles sont assez sobres, peu décorées « pour l’instant ». « Il faut du temps pour s’adapter au lieu et prendre ses repères » confie Julia Royere, directrice adjointe de l’association La Relève, qui gère le lieu, habilité par la Métropole de Lyon.


« La cuisine, on essaye de la faire ensemble, comme une vraie famille »
S’ils sont là, à vivre dans cette maison d’accueil, c’est bien souvent parce qu’ils ont vécu des placements difficiles, allant de foyers en foyers. « Dans le passé, j’étais très turbulent, je faisais beaucoup de dégâts. On avait tous du mal à se canaliser, c’est pour ça qu’on a été placés ici. Depuis qu’on est là, ça nous a beaucoup aidé” confie Abdel. « Moi aussi je me sens mieux ici, c’est plus calme » apostrophe Lucas* (prénom modifié), âgé de 10 ans.
Hamadi Ben Boubaker jette un œil sur eux. Cet éducateur de 22 ans assure les permanences du lundi au jeudi, jour et nuit. « Pour moi, c’est comme des petits frères. On va aux courses ensemble. Je les emmène chez le coiffeur, au cinéma, faire du foot… La cuisine, on essaye de la faire ensemble, comme une vraie famille » témoigne t-il, avec un large sourire.
« Tu es sûr que c’est 20 minutes pour aller dans le 7ème, c’est quand qu’on y va ? » l’interrompt le plus jeune, accroché à sa jambe. « Même 7 minutes à vol d’oiseau, si on découpe ton petit manteau, on pourra peut-être te faire des ailes », répond l’éducateur.
« C’est le même éducateur qui dit bonne nuit le soir et bonjour le matin »
Comme les autres éducateurs, Hamadi Ben Boubaker dort sur place. « On a quatre permanents qui se partagent la semaine en deux. Ils assurent le quotidien des enfants, les repas, les devoirs et l’accompagnement » explique Abdes Ouazzine, directeur de l’association La Relève. « C’est le même éducateur qui dit bonne nuit le soir et bonjour le matin. Ca rassure les enfants et ça les aide à progresser » reprend Julia Royere. Depuis deux ans, la Relève gère une maison d’accueil de ce type à Vaulx-en-Velin.

« On essaye de récréer le désir d’aller à l’école pour ceux qui ne sont pas scolarisés. Ils voient les autres jeunes partir le matin à l’école, revenir le soir. A table, on échange sur nos journées et ça crée de l’envie » souligne Abdes Ouazzine, qui a vu certains de ces adolescents réinvestir les bancs de l’école. La plupart sont scolarisés dans les établissements à Chassieu ou à l’Institut thérapeutique, éducatif et pédagogique de Givors.
Moins d’enfants, plus d’accompagnement
Cet accompagnement a un prix. Selon Lucie Vacher, vice-présidente à la Métropole de Lyon à l’enfance, la famille et à la jeunesse, le budget d’un foyer classique est de 180 euros par jour pour chaque enfant. Pour une structure comme celle-ci, « plus familiale », il faut compter 220 euros par jour. « On essaie d’avoir une multiplication de lieux d’accueil qui puissent être différents et correspondre aux besoins de chacun » explique-t-elle.
A la suite de la fermeture de la structure des Pléiades à Lentilly, la Métropole a lancé un appel à projet pour ouvrir une maison d’accueil qui sera doublement habilitée par l’ASE et l’Agence régionale de santé (ARS). Une première sur la Métropole de Lyon. Le projet ? Créer 10 places d’hébergements et 12 places en accueil de jour pour des enfants confiés à l’Aide sociale à l’enfance avec reconnaissance d’un handicap. Selon la Métropole, ils représenteraient 20% à 40% des 3800 mineurs confiés à l’ASE. Soit entre 760 et 1520 enfants. « Une tendance en augmentation » sur le territoire, estime Lucie Vacher.
Ici, l’ambiance est plus conviviale, mais “ce n’est pas un cocon familial non plus. Même si ça comble un manque, on n’est pas chez nos parents” rappelle Abdel d’une voix étouffée, à l’écart du groupe. « Il me manquera toujours l’amour d’une mère et d’un père”.

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