C’est ce que suggère son autrice, Léa Leclerc, psychiatre addictologue, et responsable des unités d’addictologie au sein du groupement hospitalier Sud des HCL (hospices civils de Lyon).
La chercheuse a produit une étude portant sur les opinions et les connaissances des psychiatres, concernant les enjeux de la légalisation du cannabis, qu’il soit médical ou récréatif, en France. En effet, on sait que la profession de psychiatre est particulièrement exposée aux consommateurs de cannabis. Et pourtant, cette profession n’est jamais interrogée sur la consommation du cannabis et son éventuel légalisation.
Est-ce que pour autant, cela induit l’existence d’un lien entre cannabis et troubles psychiatriques ?

Plus de 400 psychiatres ont participé à l’étude sur la légalisation du cannabis des Hospices civils de Lyon
Léa Leclerc opte pour une réponse qui interpelle :
« Il est difficile de répondre à cette question de façon formelle. Le débat reste ouvert. Des études assez récentes montrent qu’il y a un impact du cannabis dans le développement de troubles psychotiques. Mais, à l’opposé, il n’y a pas eu de flambée de ces troubles dans les pays qui ont récemment légalisé le cannabis, comme le Canada, l’Uruguay ou les Etats-Unis.
Nous ne pouvons pas être certains que les usagers rencontrés consomment à visée auto-thérapeutique du fait de troubles psychiatriques ou si c’est leur consommation de cannabis qui a engendré les troubles. Nous savons qu’il existe des vulnérabilités individuelles dans le développement des troubles psychotiques, qui peuvent être induits par le cannabis, mais qui n’est pas le seul facteur précipitant. »
La question est complexe et c’est ce que la psychiatre des HCL tend à démontrer. L’étude, lancée via un questionnaire diffusé sur le site de l’Encéphale (principal congrès de psychiatrie francophone), a été nourrie par les réponses de plus de 400 psychiatres.
Et la familiarité de ces médecins aux cas de patients consommateurs de stupéfiants y est confirmée : 80% d’entre eux indiquent en recevoir plusieurs en consultation, chaque semaine. Ils sont même 40% à en recevoir au moins un par jour.
« 53% des psychiatres favorables à la légalisation du cannabis récréatif »
Bien que l’enquête se poursuive jusqu’au 28 février, les premières données extraites par Léa Leclerc sont assez édifiantes :
« 77% des psychiatres interrogés sont favorables à la légalisation du cannabis à des fins médicales. Une majorité, 53%, se montre également favorable à la légalisation à des fins récréatives. »
Et de préciser les raisons invoquées par les médecins :
« Les psychiatres favorables à la légalisation soutiennent que le système actuel, basé sur la répression, n’est pas satisfaisant, car il ne permet pas la prévention. Le cannabis étant classé comme substance illégale, il ne peut pas y avoir de campagnes d’information.
Or, les Français sont les premiers consommateurs en Europe et les populations vulnérables, les mineurs notamment, se retrouvent exposés à ce phénomène sans prévention.
Les psychiatres défavorables à la légalisation évoquent, eux, leur crainte d’impacts sur la santé et les potentiels dommages sociétaux provoqués, comme l’augmentation des violences, des accidents de la route, du décrochage scolaire… »

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