Au collège Molière, dans le 3e arrondissement de Lyon, la grève a été largement suivie.
Pourtant, à 9 heures, l’établissement ne semblait pas agité par une grogne protestataire. Seul indice du mouvement : un bout de papier placardé sur la porte d’entrée indiquant le nom des professeurs absents.
C’est la directrice et son adjointe qui ont fait sortir les élèves de l’école, au compte goutte.
Mathilde, en classe troisième ; se dit agacée par ce second confinement :
“C’est comme si il n’y avait pas de confinement, on est censé avoir une attestation mais ce n’est pas le cas, on fait tout comme d’habitude, même l’éducation physique et sportive, alors que le stade se trouve à plus d’un kilomètre. »
Son amie, Alixane, ajoutait ce mardi matin :
“La cantine est trop petite, alors on mange comme avant le covid, sans distanciation. On ne pourrait pas se mettre à table sinon.”
Un protocole sanitaire impraticable
Les enseignants du collège Jules Michelet, à Vénissieux, en banlieue lyonnaise, tirent la sonnette d’alarme : l’établissement relève de l’éducation prioritaire renforcée et accueille 800 élèves par jour.
Celui-ci était déjà surpeuplé avant la pandémie et ne réunit pas les conditions pour appliquer les instructions du gouvernement.
Marie Lugan, professeur d’histoire géo et syndiquée au SNES FSU, témoigne :
“La distanciation sociale est impossible. Au début on a appliqué le protocole sanitaire à la lettre, on restait dans la même classe toute la journée, sans récréation. On a frôlé les débordements.
Cette semaine on a mis en place des récréations par niveau, mais nos effectifs sont si importants que, tout de suite, c’est 150 à 200 élèves qui sont brassés.”
La protestation est commune à plusieurs corps de métier des établissements scolaires. Dans plusieurs collèges et lycées, on demande notamment la création de postes d’agents d’entretien supplémentaires, comme au collège Grignard, dans le 8e arrondissement de Lyon.
De nombreux établissements sont déjà en sous-effectif. Ils sont encore plus fragilisés par les arrêts réguliers de professeurs et d’assistants d’éducation qui contractent le virus ou qui sont « cas contact ». Ludivine Rosset, déléguée SNES FSU, reste persuadée que :
“Sans moyen, ça ne sert à rien de faire des protocoles sanitaires.”
Reçus par le recteur d’académie
Le ras-le-bol semble partagé mais le mouvement s’organise différemment en fonction des syndicats. La SNES FSU, SUD ainsi que la CNT ont décidé de faire mais sans rassemblement. Le syndicat FO, en revanche, avait donné rendez-vous à 11h devant le rectorat. Trois d’entre eux ont été reçus par le recteur d’académie.“Dans le respect des gestes barrières”, rassure Frédéric Volle, délégué FO.
Il poursuit :
“On a dit qu’on souhaitait des créations de postes, il y a 200 enseignants en liste complémentaire qui pourraient être embauchés par l’éducation nationale. Apparemment le rectorat préfère employer des contractuels en CDD, donc des personnes qui n’ont pas eu le concours et qui sont en contrat précaire de six mois. On s’est donc quittés sur un désaccord.”
C’est un peu plus de 13% des enseignants des collèges et lycées de l’académie de Lyon qui ont fait grève ce mardi, selon les remontées du rectorat. Des assemblées générales devraient se tenir dès jeudi dans plusieurs collèges et lycées de la ville pour organiser d’éventuelles suites à cette grève.

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