Les adversaires, déçus et la joue encore rougie par le camouflet, mettent en avant un taux d’abstention qui, lui, c’est déjà certain, est historique (jusqu’à 62% à Lyon pour ce second tour). « Qu’est-ce que cela signifie d’être élus par 16% des lyonnais ? », lit-on sur les réseaux sociaux. La question n’est pas dénuée d’intérêt mais n’empêchera pas à des novices, pour la plupart de ces candidat·e·s de 2020, de prendre les manettes du pouvoir.
Ce vendredi 3 juillet, date de l’installation du nouvel exécutif à la Ville de Lyon et du vote final par les élus, c’est Gérard Collomb en tant que doyen du conseil municipal (reste à voir s’il sera assidu en tant qu’élu d’opposition), qui devrait remettre l’écharpe de maire à Grégory Doucet. Les flashs des photographes devraient crépiter, pour l’ultime illustration de la fin d’une ère.
La gouvernance et les choix politiques des nouveaux arrivés seront d’autant plus intéressants à observer qu’à Lyon, il ne leur sera pas possible d’incriminer -en tout cas pas systématiquement- d’autres niveaux de décision et de pouvoir (« on ne peut rien à rien : pas assez de crédits, pas assez de compétences »). Les écologistes ont en effet réussi à faire le doublé ville-centre (Lyon) + Métropole : ce qui leur offre les coudées franches pour agir sur de nombreux domaines :
- La « transition écologique », comme un fait acquis et sans surprise, qui doit selon les préceptes et annonces de campagne infuser la totalité de l’action municipale et métropolitaine.
- L’action sociale. La Métropole de Lyon a absorbé en son sein (59 communes) les compétences du Département, qui sont économiques (emploi entre autres), sociales (logement, hébergement, mineurs isolés), cumulées aux compétences d’une agglomération, urbanistiques, culturelles, etc. Une série de portefeuilles pesant au total plus de 3 milliards d’euros. Ce qui donne a priori de quoi manœuvrer.
Ce dimanche soir, tandis que Bruno Bernard, futur président de cette Métropole, faisait sur scène un discours lapidaire, au Ninkasi à Gerland, un groupe de militant·e·s de l’hébergement d’urgence l’ont interpellé à coups de banderoles et d’injonctions criées : « prolongation immédiate de la trêve hivernale ».
La loupe sur la gouvernance écologiste
Ce n’est qu’un début : les écologistes ont fait le choix d’une alliance avec des listes de gauche et ils sont attendus au tournant par les tenants d’une politique radicale -qu’ils n’ont toutefois jamais promise pendant la campagne, conservant un certain pragmatisme fondé sur l’unique angle d’attaque écologique. Une posture relativement éloignée finalement de la caricature qu’ont fait d’eux leurs adversaires en les qualifiant de pastèques (rouge dedans vert dehors, pour la traduction) ou de dangereux communistes couteau entre les dents.
Une fois la campagne finie, quelles seront les premières décisions prises au sujet de la gratuité au moins partielle ou en tout cas élargie des transports en commun ? Le plafonnement des loyers est-il réalisable dans Lyon ? Iront-ils et elles jusqu’à la réquisition de logements pour héberger tous les sans-abri ? Quels seront les orientations et les nouveaux ouvrages lancés au sein de cette très puissante « collectivité dans la collectivité » qu’est le Sytral (autorité organisatrice et syndicat mixte des TCL) ?
Rue89Lyon a, depuis sa création en 2011, sorti sa loupe pour nombre d’élus et de gouvernances locales, Eric Piolle à Grenoble, Laurent Wauquiez à la présidence d’Auvergne-Rhône-Alpes, Gérard Collomb sans discontinuité et sans complaisance. La même loupe est lustrée et nous gardons les yeux rivés dessus, pour continuer la chronique politique de ce territoire dans lequel nous vivons et nous travaillons.

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