Découvrez la tribune de Laurent de Sutter, professeur de théorie du droit à la Vrije Universiteit Brussels (Bruxelles) et directeur de la collection Perspectives Critiques aux PUF. Il interviendra le 15 novembre lors d’un débat intitulé « Emotions individuelles, mobilisations collectives ».
A la fin des années 1970, Gilles Deleuze, moquant les Nouveaux Philosophes qui, sur les plateaux de télévision, s’emportaient contre le « totalitarisme » communiste, écrivait que les penseurs en question ne recouraient jamais qu’à des « concepts gros comme des dents creuses ».
« Le concept de « société » fait partie de ces dents creuses de la pensée »
Le concept de « société » fait partie de ces dents creuses de la pensée – dans le sens où il s’agit d’un concept qui, comme le disait Bruno Latour, n’explique rien, mais doit être expliqué lui-même pour pouvoir servir à quoi que ce soit.
Plutôt que de parler de « société », il est sans doute plus utile, plus pratique, et peut-être aussi plus judicieux, de parler des assemblages, des constructions, des événements, des stratégies, des manœuvres, des instruments, qui permettent que chaque individu ne soit pas obligé de toujours tout faire tout seul.
« Un monde » plutôt que « des sociétés »
Car il n’y a pas de société, mais des lieux, des pratiques et des moments – des réseaux et des infrastructures, des administrations et des plans, des liens de toute sorte, dont la caractéristique première est leur matérialité. Il y a des lignes de métro, de bus, de tramway ou de trains, des routes de toutes sortes, des systèmes de câblage permettant la transmission de l’information ou de l’électricité, des tuyauteries amenant l’eau ou le gaz et emportant ensuite les déchets, des canaux, des barrages.
Il y a tout ce qui fait que, plutôt que des sociétés, il y a un monde. C’est ce monde qu’il s’agit donc de re-faire, à l’heure où on se rend compte que, depuis des millénaires, sa conception même était erronée.
« Emotions individuelles, mobilisations collectives », vendredi 15 novembre, de 21h à 22h30, amphithéâtre Laprade, Université Lumière Lyon 2. Animé par Sophie Béroud (Politiste, Université Lumière Lyon 2), avec :
- Laurent de Sutter : Laurent de Sutter est professeur de théorie du droit à la Vrije Universiteit Brussels (Bruxelles). Son travail porte sur l’histoire culturelle du droit, en particulier le lien unissant loi et transgression dans l’histoire de la culture juridique européenne. Il dirige la collection Perspectives Critiques aux PUF.
- Gloria Origgi : Gloria Orrigi est une philosophe italienne. Ses travaux portent principalement sur l‘épistémologie sociale, En 2002, elle intègre l‘Institut Jean–Nicod (CNRS–École Normale Supérieure–École des Hautes Etudes en Sciences Sociales).

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