Sifflets et tambours résonnaient dans les rues de Vaulx-en-Velin ce matin.
Une centaine de personnes regroupant enseignants des écoles publiques et parents d’élèves ont manifesté entre la mairie, les différents lycées et la Maison de la Métropole pour protester contre le manque de moyens alloués à leurs établissements, un problème qui selon certains serait à rapprocher des différents actes de violence.
L’appel a été relativement suivi puisque, contactés, les services du rectorat indiquent un taux de grévistes atteignant 63% et pas moins de 6 écoles avec un taux 100% de grévistes (sur les 32 écoles que compte la commune de Vaulx-en-Velin).
« Tous les enfants de la ville méritent d’être aidés »
Les écoles publiques n’ont pas assez de moyens. Depuis un mois, les enseignants de la ville se réunissent tous les vendredis soirs : au centre de leurs revendications, le regret de voir les seules classes de CP au cœur des mesures prises par les pouvoirs publics. Pour une des parent.e.s d’élèves présente ce matin, la volonté de créer des classes de CP à 12 élèves est une mesure intéressante mais qui n’est pas suivie des moyens nécessaires :
« Les élèves se retrouvent enfermés entre eux, des moments à 12 ont été organisés, mais une partie des CP vont chez les CE1 et les CE2 et ces classes sont engorgées, car il n’y a pas davantage de personnel ».
Le manque d’effectifs du corps enseignant concerne aussi les lycées :
« En quatre ans, le lycée a gagné 300 élèves sans personnel supplémentaire. D’ailleurs on en tire un nombre record de conseils de discipline », ajoute un enseignant du lycée Robert Doisneau.
Benjamin Grandener, enseignant à l’école Paul Langevin et délégué syndical Snuipp constate lui des problèmes plus larges en ce qui concerne les aides proposées aux jeunes :
« Les classes de CP à 12 c’est bien, mais il n’y a plus que les CP dans l’éducation prioritaire, or tous les enfants de la ville méritent d’être aidés. Aujourd’hui, il faut compter un an et demi pour voir un psychologue, pareil pour les orthophonistes. »
« Vaulx-en-Velin va devenir un No man’s land »
Des enseignants de l’école Jean Vilar ont rapporté à la presse locale :
« Le 18 mai, un homme est entré dans l’enceinte de l’école poursuivi par un autre qui menaçait de le tuer une arme à la main. Un coup de feu a été tiré alors que des élèves étaient dans la cour. »
Jeudi 31 mai, la maire PS de la ville, Hélène Geoffroy, annonçait de nouvelles mesures sécuritaires suite aux violences qui secouent la ville depuis plus de deux semaines, dont des coups de feu tirés à proximité de l’école Jean-Vilar le 18 mai dernier.
Parmi ces mesures, celle d’armer les policiers. Et elle n’apparaît pas comme la meilleure réponse, pour plusieurs des manifestants :
« La violence ne doit pas être la réponse à la violence, l’éducation devrait être la solution à ces problèmes. J’aimerais qu’on remette des maisons de quartier, des animateurs de rue. Dans notre quartier, il n’y a que deux médiateurs qui doivent aussi se partager sur d’autres secteurs », explique une enseignante de l’école élémentaire Anatole France.
Et de poursuivre :
« Il faut faire savoir aux institutions que si on est lâchés, il ne peut y avoir que de la violence. Il n’y a plus assez de professionnels pour ces différents besoins et on ne les incite pas non plus à s’installer ».
Le problème est le même pour la sécurité aux abords des écoles, les entrées et les sorties ne sont plus filtrées et plus personne n’est présent pour faire circuler les enfants sur la voie publique.
« Ma fille de 12 ans n’a plus personne aux alentours de l’école, on ne fait que de nous enlever du monde, Vaulx-en-Velin va devenir un No man’s land ! » lance une des parents d’élèves.
Pendant la manifestation, une délégation composée de deux parents d’élèves et de deux enseignants a été reçue en mairie par Kaoutar Dahoum, adjointe déléguée à l’Education et à l’Emploi, Marie-Isabelle Comte, directrice générale adjointe en charge de l’Education, et Samir Khamassi, membre du cabinet de la maire.
Un projet de « classe inclusive » aurait été évoqué, qui doit améliorer « l’accompagnement des élèves porteurs de handicaps ». Tout comme le projet d’un centre qui devrait ouvrir fin juin sur le secteur de la Thibaude, avec des spécialistes tels que des orthophonistes et des psychologues. Comme une rengaine, aux manifestants, il a été rappelé que toutes les revendications ne sont pas du ressort de la municipalité.

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