Et si ce héros était une personne de votre ville que vous n’oserez jamais rencontrer ? Dans le cadre du programme « Démocratie » la Bibliothèque municipal de Lyon tente, le temps d’une après-midi, l’expérience de la « bibliothèque vivante ».
De rares « bibliothèques vivantes »
Cette démarche est née au Danemark au début des années 2000. Elle se développe timidement en France. C’est la première fois que l’expérience est menée à Lyon. Le principe est de lutter contre les stéréotypes et préjugés en faisant dialoguer des publics qui ne se parlent pas.
On préfère vous prévenir : vous ne croiserez ni Harry Potter, ni Anna Karénine, ni Christian Grey.
Vous ferez la connaissance de Marie, Alfonso ou encore Yves. En tout, neuf anonymes ont été sélectionnés pour participer à ce projet de « Bibliothèque vivante ».
Le principe est simple. Chaque « lecteur » a devant lui des « quatrièmes de couvertures » sur lesquels il peut lire les portraits résumés de ces inconnus. Le choix réalisé, le lecteur passe dix à vingt minutes avec son « livre vivant ».
Même si elle très rare en France, cette expérience de lecture n’est pas nouvelle. Ci-dessous, une vidéo sur une « bibliothèque vivante » à la Maison du livre de Saint-Gilles (Bruxelles).
Des « exilés » qui racontent leur histoire
A Lyon, les « livres vivants » ont un point commun. Ce sont des « exilés ». Alexis Nouss, professeur de littérature à l’Université d’Aix-Marseille, encadre le projet. Il définit cette notion d’exil :
« L’exil n’est pas qu’une notion géographique ou politique. D’une manière générale, il désigne l’absence d’un chez-soi permanent et protecteur. Toute personne privée d’un tel droit fondamental peut être considérée en exil : en dehors d’un pays, en dehors d’un tissu communautaire, en dehors d’une norme sociale. »
Ces « exilés » sont sans-papiers, réfugiés, SDF. Mais ils peuvent aussi êtres des personnes malades, des handicapés ou une travailleuse du sexe.
Voilà ce qu’écrit Yves, SDF, en guise de « quatrième de couverture » :
Je m’appelle Yves Roland. Je suis parisien.
A 60 ans, je me suis retrouvé dans la rue alors que je ne m’y attendais pas. Lorsque l’huissier est venu chez moi pour prendre les clés de mon appartement, j’ai paniqué.
Je me suis senti vraiment seul. Soudain, le vide !
Je ne maitrisais plus rien, pas même ma vie. J’imaginais que désormais je dépendrai toujours des autres et des foyers. Je quitte Paris, direction Lyon.
Je fais le 115. En attendant, c’est un banc donnant vue sur la basilique de Fourvière, un décor à la Harry Potter, qui deviendra mon « chez moi », et comme plafond, le ciel…
Pour voir Yves et les autres, rendez-vous à la Bibliothèque Part-Dieu ce samedi 3 décembre, entre 11h et 17h.

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