Le ton choisi tend vers l’humour, bien que le sujet ne les fasse pas rire. Un collectif baptisé Péremptoire, avec notamment François Cau, critique cinéma qui a publié sur Rue89Lyon, vient de lancer une pétition.
Intitulée « Interdisons « Qu’est-ce qu’on a fait au bon dieu ? » aux moins de 18 ans », elle est lancée en réaction à l’annulation du visa d’exploitation de « La Vie d’Adèle », le film d’Abdelatif Kechiche, palme d’or à Cannes en 2013.
L’association catholique Promouvoir, déboutée en première instance, vient en effet d’obtenir cette décision de justice auprès de la cour administrative d’appel de Paris -qui a donc estimé que :
« La Vie d’Adèle : chapitres 1 et 2 » comporte « plusieurs scènes de sexe présentées de façon réaliste, en gros plan […] de nature à heurter la sensibilité du jeune public ».
A la suite d’un autre succès de Promouvoir, soit l’annulation du visa d’exploitation du film « Love » de Gaspar Noé, les Inrocks publiait le portrait d’André Bonnet, l’homme qui se trouve derrière cette association, avocat et ex-militant Front national. Vincent Maraval, producteur et distributeur du film « Love » s’inquiétait :
« On a l’impression qu’il a désormais plus d’influence que la ministre de la Culture ou le CNC, c’est l’homme qui décide de la classification des films en France ».
La pétition du collectif Péremptoire traduit un agacement, une indignation, largement partagés.
Rien que cette année, l’association Promouvoir aura réussi à annuler les visas d’exploitation des films Saw 3D, Love et La Vie d’Adèle, aux termes d’assauts juridiques montés sur des arguments moraux à peine recevables 40 ans en arrière, du moins le croyions-nous.
Ils ajoutent :
« Ces attaques sur la cinéphilie contemporaine [Saw 3D, Love, La Vie d’Adèle] nous contraignent à adopter des ripostes graduées, à la hauteur absurde de la nuisance engendrée par cette association. Vous vous attaquez à notre cinéma ? Nous nous en prenons au vôtre. »
Ils annoncent mi-rigolards mi-furax :
« Le collectif Péremptoire demande l’interdiction aux moins de 18 ans du film « Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? » de Philippe de Chauveron. À l’instar des membres de Promouvoir, nous pensons que le public est trop idiot pour distinguer un film de la réalité et qu’en l’état, il n’est pas à même de saisir une quelconque caricature.Le traitement du personnage réactionnaire campé par Christian Clavier exclut donc toute possibilité pour les spectateurs, et notamment les plus jeunes, de distanciation par rapport à ce qui est donné à voir. »
Pour la blague, puisqu’ils préviennent que « les délais de recours ont expiré ».
Kechiche est d’accord
Le film d’Abdelatif Kechiche était interdit aux moins de 12 ans, avec un avertissement faisant explicitement référence aux scènes les plus controversées. Le réalisateur a lui-même réagi ce jeudi, à contre-pied du ministère de la Culture (qui aurait déclaré vouloir faire appel de la décision devant le Conseil d’Etat), ou même de son distributeur Wild Bunch.
« Cette décision me paraît plutôt saine, a déclaré le réalisateur au monde.fr. Je n’ai jamais pensé que mon film pouvait être vu par des gamins de 12 ans, et je déconseille personnellement à ma fille de le voir avant qu’elle ait 14 ou 15 ans. »
Le ministère de la Culture a deux mois pour déclassifier le film et faire en sorte qu’il soit interdit aux moins de 16 ans ou aux moins de 18 ans. De votre côté, vous avez quelques heures pour signer la petite pétition.
La bande annonce de La Vie d’Adèle

Rue89Lyon est menacé ! Enquêter sur l’extrême droite, mettre notre nez dans les affaires de patrons peu scrupuleux, être une vigie des pouvoirs politiques… Depuis 14 ans, nous assurons toutes ces missions d’utilité publique pour la vie locale. Mais nos finances sont fragiles. Nous avons besoin de 30 000 euros au 16 avril pour continuer d’être ce contre-pouvoir local l’année prochaine.
En 2025, nous faisons face à trois menaces :
- Un procès-bâillon : nous allons passer au tribunal face à Jean-Michel Aulas, ex-patron de l’OL qui nous attaque en diffamation.
- Des réseaux sociaux hostiles : Facebook, X, mais aussi Google, ces plateformes invisibilisent de plus en plus les médias indépendants en ligne.
- La montée de l’extrême droite : notre travail d’enquête sur le sujet nous expose et demande des moyens. Face à Vincent Bolloré ou Pierre-Edouard Stérin qui rachètent des médias pour pousser leur idéologie mortifère, notre média indépendant est un espace de résistance.
Pour toutes ces raisons, nous avons besoin de votre soutien : abonnez-vous ou faites un don à Rue89Lyon !
Chargement des commentaires…