Les prisonniers le disent souvent d’ailleurs : « les chats et les chiens à la SPA sont mieux traités que nous ». Mais est-ce si étonnant puisque l’assemblée nationale vient de refuser le statut d’êtres sensibles aux animaux sauvages. Les chasseurs peuvent continuer à massacrer.
Du cercueil social de 9 m² au cercueil en sapin
Le taulard inconnu risque de sévères sanctions en publiant ses écrits, alors il est anonyme. C’est aussi pour protéger son identité que le nom de la prison dans laquelle il se trouve actuellement n’est pas révélé pour l’instant. C’est une prison de la région Rhône-Alpes, quelque part dans une zone grise près de l’autoroute, bref, une prison banale. Quand viendra l’heure de sa libération, il dévoilera son identité et le lieu de son incarcération.
Rue89Lyon
Quand un flic se suicide on a de grands articles sur la pénibilité de leur taf, mais quand c’est un type, salarié précaire qui, désespéré de ne plus pourvoir faire bouffer sa famille, se flingue, pas un mot. Alors évidemment, lecteur, des taulards qui mettent fin à leurs jours, épuisés par la lutte de survie qu’ils mènent derrière le béton, ne donnera qu’une information sans commentaire dans un journal local une fois sur 3 ou 4, et encore.
3 suicides en 15 jours à Nantes, il y a tout juste un mois, 3 autres à Bordeaux tout dernièrement dans le même laps de temps. Et tout le monde s’en fout ! Il ne faut pas compter sur Pujadas, le courtisan du pouvoir, pour mobiliser les caméras du 20h sur ce sujet, ni sur Élise Ducet pour lancer les siennes avec Cash investigation.
C’est presque normal le suicide d’un taulard puisque le désespéré passe du cercueil social de 9 m² au cercueil en sapin. Il prend juste moins de place et ne coûte plus d’argent à la collectivité. Finalement, ça arrange tout le monde.
Pas d’analyse sérieuse sur le suicide
Face à cette destruction il n’y a que trois types d’attitudes visibles :
- D’abord, la plus majoritaire, le déni du silence. Pas un mot, comme ça ça n’existe pas.
- Ensuite le discours haineux et revanchard où on entend que c’est bien fait pour eux, qu’ils l’ont bien cherché et que s’ils s’étaient tenus tranquilles, il ne leur arriverait pas ce genre de déboires (ou de détail). Ce sont eux qui vocifèrent le plus, assurément.
- Enfin le discours politiquement correct d’indignation, très minoritaire, où la fausse compassion se mélange au béni « oui-ouisme » sur l’air du il faut pardonner… après avoir expier.
D’analyses sérieuses ? Rien. Que la prison soit le dépotoir de ce que le système libéral a déjà exclu, que le système judiciaire soit l’organisation de la vengeance d’État où les puissants et les possédants font la loi, que la punition soit une aberration, philosophiquement et pédagogiquement indéfendable, que les taules soient un univers coupé de tout où ne règne que le non droit et la loi du plus fort, là-dessus pas un mot.
Un société qui refuse de reconnaître ses symptômes est vouée à l’échec
On encense le siècle des Lumières, mais qui rappelle Helvétius (Claude Hadrien Schweitzer, lui aussi philosophe à l’époque) qui disait que la société avait, bien sûr, le droit de se défendre, mais seulement lorsqu’elle avait tout fait pour empêcher la production des misères qui génèrent la délinquance. Michel Foucault est balayé par la fameuse post-modernité, plus que fumeuse, où on nous fait croire que « surveiller et punir » est une théorie archaïque et soixante-huitarde.
Hé bien, pour le dire sans précaution, je trouve cette situation, montrant la lâcheté d’une société toute entière, absolument dégueulasse et totalement indigne. Un société qui refuse de reconnaître ses symptômes, certains diraient sa névrose, est irrémédiablement écœurante et vouée à l’échec.
Non, lecteur, il ne s’agit même pas de trouver une alternative car alors on ne ferait que déshabiller Paul pour habiller Jacques, on se contenterait d’un moyen terme, qui glisserait à nouveau vers la situation d’aujourd’hui, sans se poser de véritables questions.
La réforme n’est que l’autre version du même système où les problématiques fondamentales sont, encore une fois, passées à la trappe. Oui, on doit inventer une nouvelle régulation sociale d’où l’enfermement brutal et tortionnaire serait banni.
Si l’école n’excluait plus…
Je sais qu’on rigole en parlant d’utopie pour refuser d’envisager la remise en cause des certitudes ou qu’on hurle à l’anarchie et à la terreur pour la même raison. Je sais aussi qu’une telle réflexion obligerait à tout mettre à plat, et en premier ce sanctuaire qu’est l’Education nationale avec ses méthodes pédagogiques qui assurent que les riches le resteront et que les pauvres devront se contenter des miettes.
Parce que apprendre, ce n’est absolument pas la concurrence, le combat pour tirer en solitaire son épingle du jeu. Le véritable apprentissage c’est découvrir qu’il faut le faire avec et par et surtout pour les autres.
Si l’école n’excluait plus, si elle proposait à chacun un parcours adapté, valorisait les qualités des enfants quelles qu’elles soient, leur ouvrait un espace d’expression réelle et non formaté, une autonomie auto-gérée (les écoles Freinet) existait dans le temps, pédagogie mise en œuvre, aujourd’hui, par les établissements Montessori (réservés aux riches ), je suis prêt à parier tout ce que tu veux que le nombre d’infractions diminuerait de façon spectaculaire, parce que la solidarité ne serait plus une forme d’altruisme, un trait de caractère individuel, mais une nécessité vitale collective, une qualité essentielle du vivant mise à ciel ouvert.
Demande simplement aux biologistes, aux botanistes, aux zoologistes, aux astrophysiciens, tu verras que la nature le fait à chaque instant, partout, dans tous les domaines.
Mais chacun reste dans son sillon, dans sa spécialité, sans interaction avec les autres, persuadé que sa solution réglera la totalité et c’est une des principales raisons qui conduit à la destruction de notre planète et à la disparition des hommes dans quelques siècles.
Comme on va tous mourir de toute façon, disent les cyniques, on n’est pas à quelques suicides près, hein ? Tiens Jeannot, sers-moi un jaune.

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