Ceux-là crient haut et fort que la justice n’est pas pour eux, qu’elle ne devrait même pas les effleurer, qu’ils sont au-dessus de la loi, se disant innocents. Comment ? On écoute un avocat soupçonné de délinquance, trafic d’influence s’il te plaît, dans laquelle un ex-président est mouillé jusqu’à la glotte, en plus de la dizaine de casseroles qu’il se trimbale ? Comment ? Les juges se donnent un maximum de moyens (parce qu’ils sont là en terrain miné) ? Mais c’est de l’acharnement.
Et le truqueur d’élection qui remplit les caisses de ses potes, demande la démission de la ministre de la Justice. Et hop ! Ces pantalonnades, quand on va au-delà grotesque, sont révélatrices.
La contraction de mes zygomatiques
Au début, au fond de ma cellule, je me marrais comme un petit fou. Bien fait pour eux, me disais-je, ils en prennent pour leur grade. Ils vont enfin comprendre que lorsqu’on est dans les griffes des juges on est cuit et on ne s’en sort pas. Bien fait, pouffais-je, ils vont voir au réel comment ça se passe pour la piétaille.
Mais au fur et à mesure des manipulations des pères la vertu, des dénégations de ceux qui savent et proclament le contraire en se frottant les mains, des papiers exhibés comme preuve qui, manque de bol, sont agrandis par les appareils à deux milliards de pixels et démentent sur le champ le témoignage, des réactions de la part des fabricants de faux électeurs, les vendeurs d’hippodromes, des propriétaires de moulins vivant soit-disant dans une « cellule » électorale, des évadés fiscaux qui seraient tous sur la paille, je ne ris plus.
La contraction de mes zygomatiques devient grimace. Et lorsque j’entends chez Taddéi un avocat qui vient nous faire pleurer sur les politiques, personnes exposées donc à protéger, dit-il, pour s’en servir et mettre sa corporation dans l’immunité, pour défendre le citoyen ajoute-t-il, là le voile se déchire et je décode l’enjeu véritable : les puissants ne veulent pas être atteints par la justice.
L’un d’eux débarque dans la taule
Alors que pour toi, lecteur, on s’en fout comme tu n’imagines même pas : tu peux passer 48 heures ou 72 heures en garde à vue, être incarcéré, le microcosme des puissants s’en tape. Mais il suffit qu’on effleure l’un d’eux, et ce n’est plus la même chanson. On y va avec la complainte des perquisitions disproportionnées.
Toi si tu te fais contrôler par la BAC qui te brandit un flingue sous le nez, t’insulte en te sortant de ta bagnole, te plaque sur le capot pour te passer les bracelets aux mains pour une simple vérification d’identité ? C’est normal, la police fait son boulot, te répondront les mêmes.
Regarde et écoute vraiment, sans te laisser avoir par le poids des mots des discours hypocrites, par le choc des images des écrans, et fais marcher ta tête. Vois comment tous ces gens de pouvoir veulent continuer à jouer les pucelles dévouées au peuple alors qu’ils crient haro sur le délinquant. Et ne sois pas dupe : après avoir eu ta voix ils te piétinent. Car la justice, ce n’est pas pour eux.
Je rêve, lecteur, d’un miracle où l’un d’eux débarque dans la taule, et pas au quartier VIP où les matons jouent les larbins. Je te jure qu’il ne descendra jamais en promenade, parce que s’il le faisait il boiterait pour le reste de ses jours. Pas de médiation possible là où on survit. Il saurait enfin ce qu’est la prison. Il y en a marre que les lois soient faites par des gens auxquelles elles ne sont pas destinées, mais pour être appliquées à ceux qui ne les ont pas faites. 90 % des taulards ne sont que des voleurs de poules à côté de ces politiques, il faut le savoir.

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