Je sais qu’avec les mots chocs tu serais intéressé par cette alarme qui sonne, et qui déclenche les pas de course d’une nuée de matons qui lui tombent dessus à six ou sept, à coups de rangers. Je pourrais dramatiser en te disant que la ratonnade va recommencer dans la nuit, au mitard, là où il n’y a pas de caméra. Il serait possible encore d’en rajouter en décrivant ses cris lorsqu’ils l’écrasent de leur poids en lui bourrant la gueule de coups de poing.
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Ce serait formidable de situer les témoins de cette scène et de te raconter comment on nous a précipités dans une pièce d’isolement pendant qu’ils finissaient de le bastonner. Avec ma grande gueule, je saurais revendiquer la possibilité d’un combat en tête à tête s’ils avaient les couilles. Enfin, je pourrais te dire le bonheur que j’aurais à mettre des baffes aux journaleux, qui demain, rempliront le Dauphiné Libéré de colonnes sur la énième agression d’un maton par un taulard et le métier courageux qu’il exerce au milieu de cette faune.
Regardons calmement notre part d’ombre
Mais à quoi ça servirait ? Un fait divers de plus ? Une bonne histoire stigmatisante ? Là n’est pas la question. Le plus important n’est pas de résumer l’horreur de l’incarcération en érigeant un fait parmi une multitude d’événements pour dénoncer une fois de plus cette torture quotidienne de la goutte d’eau qui tombe incessamment, toujours au même endroit. Non. Le plus important est de s’interroger sur comment mettre fin à tout ça. Le plus essentiel est de réfléchir à comment des hommes peuvent, au XXIème siècle, traiter d’autres hommes de cette façon là, sans même la piètre excuse de la guerre et de l’ennemi.
Et surtout, ne viens pas avec tes arguments me parler des victimes que tu ne connais pas, ou des crimes odieux dont la presse fait ses choux gras et que les politiques exploitent à fond pour garder ou conquérir le pouvoir, manipulant ton entendement. Une bonne fois pour toutes, ces crimes ne concernent que 0,2 % de la population carcérale et la France est un des pays où l’on tue le moins. Ne rentrons surtout pas dans ce ping pong argumentaire absurde qui ne résout rien et ne sert qu’à conforter tes croyances infondées. Nous serions dans le pire chemin qui soit.
Regardons calmement cette part d’ombre que chacun porte en soi et qui, selon les circonstances, le lieu et le temps, peut saisir n’importe qui. Regardons avec lucidité les facteurs, que l’on connaît déjà, et qui facilitent l’explosion de la soupape normative : la misère, le rejet et la haine. Et posons-nous la question d’une autre solution que la punition et la vengeance légale sans hurler tout de suite que ce n’est pas possible, que lorsqu’on ne veut pas « comprendre », il ne reste que le dressage. Peut-être alors, commencerons-nous à devenir humain.

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