Les dimanches d’élections ont toujours ressemblé, chez moi, à une transhumance électorale d’un bout à l’autre de la Haute-Savoie. La moitié de ma famille ne vote pas là où elle habite et, au matin de chaque scrutin, elle grimpe la petite route en lacet pour voter au village, par attachement.
Dans ce village de montagne, on compte bien plus de votants que d’habitants – il n’en reste d’ailleurs plus beaucoup.
Si l’on s’en tient au jargon administratif, ces citoyens en transhumance font partie des « mal inscrits » : une étude a évalué que 20% des électeurs sont rattachés à un bureau de vote qui ne correspond pas à leur véritable lieu de résidence.
« Il savait très bien que je ne votais pas pour lui »
Les électeurs qui n’ont plus de lien avec leur bureau de vote risquent l’éjection : la procédure peut s’enclencher suite au retour à la mairie des cartes électorales ou du matériel de propagande, envoyé par courrier avant chaque scrutin.
Emolie [un pseudo ? ] a ainsi été radiée de son village d’enfance, sans comprendre pourquoi. Un brin parano, elle fait part de ses soupçons sur un forum :
« Le maire de mon ancien village a dû accélérer la chose car il savait très bien que je ne votais pas pour lui. »
La liste électorale fait l’objet d’une révision annuelle, effectuée par une commission administrative, soit sur la base des demandes des électeurs (en cas de changement de domicile, par exemple), soit à la demande de l’Insee (en cas de décès, perte de la nationalité ou incapacité électorale).
Un citoyen peut s’inscrire à la mairie de son domicile ou d’une commune dans laquelle il est assujetti aux impôts locaux depuis au moins cinq ans, ou encore à la mairie de sa résidence. E.B.
Rassurez-vous, les maires sont tenus de faire des vérifications avant de proposer la radiation d’un électeur à la commission qui révise chaque année les listes (lire ci-contre).
Rue89 a demandé à des « mal inscrits » non repérés d’expliquer pourquoi ils ne votent pas là où ils habitent. Ceux qui ont répondu à notre appel parlent un peu de politique et de petites stratégies électorales. Ils racontent surtout qu’un bulletin dans l’urne tient parfois à tout autre chose.
1. Par rituel
Quel délice, ces dimanches d’élections et ses petites traditions. Franchement, pourquoi changer ?
Très tôt le matin, Océane, 31 ans, reçoit toujours un appel de ses parents : ils veulent s’assurer qu’elle se souvient bien qu’il faut voter. La prof quitte alors Paris pour l’appartement familial de Bagneux (Hauts-de-Seine). Ils déjeunent tous ensemble :
« On ne parle pas vraiment politique, on est tous de gauche. On a toujours voté communiste, aux municipales. »
Vers quinze heures, la petite famille marche en direction de l’école. Depuis dix ans, « ce sont les mêmes personnes qui nous accueillent ». Il y a un rituel qui tient particulièrement à cœur à Océane :
« Nous entrons au même moment dans notre isoloir respectif, nous votons les uns après les autres. Partager ce moment est précieux. »
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