Plusieurs amis bien informés nous avaient conseillé de lire Zazen, le premier roman d’une certaine Vanessa Veselka. Un peu plus tard, on a entendu parler d’un texte qu’elle venait d’écrire et qui faisait grand bruit. On est allées le lire, ça nous a pris 45 minutes, et comme trois semaines après on y pensait encore, on s’est dit que c’était vraiment pour nous. On a fait une offre pour les droits français, elle a été acceptée et puisqu’on était à Paris ce jour-là, on s’est dit : et si pour fêter ça on allait prendre un verre avec notre ami Phil Aronson ? On l’a rejoint à La Fée Verte, son QG, il nous a parlé de ses trads en cours et nous on lui a parlé de Vanessa. Il nous a dit : mais attendez, je l’ai lu ce texte. Il est incroyable ! C’est exactement le genre de truc que j’ai envie de traduire. On a dit : tope-là, il a dit : jamais sans Emma, on a dit : tope-là.
Phil était vraiment emballé par le texte et comme nous aussi, on était tous pas mal inspirés. On s’est vite retrouvés à parler de la rébellion, de la liberté de faire des choix, et des héritages culturels qui nous conditionnent à toujours voir les femmes comme des victimes potentielles. Ça a dérivé, on en était à Bertrand Cantat, Pistorius et DSK quand les mecs de la table d’à côté ont rejoint le cercle. On leur a fait le pitch, ça a dérivé, et on s’est dit qu’on avait eu raison de penser que ce texte était bien plus que le simple récit d’un fait divers sensationnel.
Alors ce pitch, donc : à quinze ans, Vanessa Veselka est partie de chez elle avec un sac à dos et une guitare. Un jour, en stop, elle est montée avec le mauvais routier et a cru l’heure de sa mort arrivée. Elle en est sortie indemne, a repris la route, n’en a jamais parlé. Des années plus tard, devenue écrivain, elle entend parler d’un serial killer qui tuait des auto-stoppeuses dans les années 80. Les dates et les lieux coïncident : ce pourrait être lui. Armée des bribes de souvenirs qui lui restent, elle essaie de savoir. L’autoroute des disparues est le récit de son enquête. Elle y évoque aussi l’envie de partir, les semaines passées dans un état de vigilance permanent, et d’autres femmes qui ont eu moins de chance qu’elle.
À La Fée Verte, un de nos nouveaux amis n’avait pas encore décroché un mot. Quand le serveur est venu pour la deuxième tournée, il a vu une fenêtre de tir et a dit : c’est vrai que Kerouac, c’était un homme, en fait ! Ça nous a semblé plutôt bien vu.
L’autoroute des disparues, traduit de l’anglais par Emmanuelle et Philippe Aronson, Moyen-Courrier, 2013

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