À deux pas de la préfecture, depuis 25 ans, dans deux appartements voisins, Christine et Fabrice Treppoz collectionnent et exposent quantité de visages. Peints, dessinés, photographiés, sculptés.
«Les œuvres où domine la présence sidérante de la face humaine sont les plus nombreuses. Soleil noir, cou coupé, chaque figure conjugue l’humain, l’animal et le monstrueux pour donner naissance à une image qui vous saisit et vous renvoie à votre propre (in)humanité,» écrit Fabrice Treppoz dans le catalogue de l’exposition Soleil noir, qui revient sur cette histoire.
À deux pas des identités fichées, anthropométriques, calibrées, normées, se déploient donc des identités déchirées, fêlées, métamorphosées, défigurées, en devenir constant et indéfini.
«Visage, quelle horreur, il est naturellement lunaire, avec ses pores, ses méplats, ses mats, ses brillants, ses blancheurs et ses trous: il n’y a pas besoin d’en faire un gros plan pour le rendre inhumain, il est gros plan naturellement, et naturellement inhumain, monstrueuse cagoule» assenaient Gilles Deleuze et Félix Guattari dans Mille Plateaux.
La jeune fille et la mort, à l’intérieur et sous la peau…
Qu’on s’y attarde ne serait-ce qu’un peu et le visage devient très vite paysage, traité par les artistes comme une terre inconnue, un territoire mouvant, dangereux parfois…
Paysage enneigé et nébuleux du Mao de Yan Pei Ming, l’un des premiers artistes exposés à la galerie. Paysages nocturnes de Christophe Bonacorsi qui fait se détacher des figures fantomatiques d’un noir intense ou, ailleurs dans une chambre, s’embrasser un couple de singes. Paysages de contes de fée dévastés de Christian Lhopital entremêlant, avec humour et étrangeté, l’enfance, le monstrueux, l’onirique, l’exposition fourmille ainsi d’œuvres fortes, dérangeantes, rassemblées par thématiques : «la jeune fille et la mort», «à l’intérieur et sous la peau», «portraits de groupes»…
Au début des années 1990, l’artiste new-yorkaise Joyce Pensato est venue chez les Treppoz dessiner au fusain sur les murs, au-dessus des cheminées, dans les chambres d’enfant. Mickey, Donald, Fritz le chat, Bart Simpson sont pour elle des motifs récurrents à déformer, déconstruire, creuser, révulser…
Visite de l’atelier de Joyce Pensato.
On verra dans l’exposition quatre de ses œuvres sur émail, d’une puissance de trait époustouflante. Avec de grands sourires ambigus tailladant la mascarade contemporaine.
Par Jean-Emmanuel Denave sur petit-bulletin.fr.
Expo « Soleil noir » à la galerie Domi Nostrae, Lyon 3è. Jusqu’au 16 février.

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