Michael Cimino à Lyon (en arrière-plan, Gérard Collomb et Isabelle Huppert), le 21 octobre 2012 au festival Lumière. Crédit Pierre Augros/Maxppp.
La séance de clôture du dernier festival Lumière vit Michael Cimino monter sur la scène de la Halle Tony Garnier pour présenter la version intégrale et restaurée de son film-maudit, La Porte du Paradis. L’émotion manifeste du cinéaste était bien compréhensible : l’œuvre de sa vie, échec monumental à sa sortie, fut longtemps sa douleur ; sa renaissance, devant 7000 spectateurs maintenant conquis par son indéniable splendeur, était comme une revanche.
L’Institut Lumière a donc décidé de finir le job en ce début 2013, en proposant aux Lyonnais la première intégrale Cimino. Lequel reviendra du coup à Lyon le 20 février prochain.
Voyage au bout de Hollywood
Alors qu’il n’est que scénariste sur Magnum force, Clint Eastwood se prend d’amitié pour ce type bizarre, déjà gonflé d’ambition et dans les starting blocks pour devenir réalisateur. Eastwood accepte de produire et d’interpréter Le Canardeur et, alors que tout pouvait laisser craindre que ces fortes personnalités allaient se prendre le bec, la collaboration se passe à merveille. Le film est un road movie typique du cinéma 70’s auquel Cimino confère un lyrisme qui signe déjà son envie d’être à la fois le meilleur des modernes et l’héritier des classiques.
En 1976, il devient le maître du Nouvel Hollywood avec Voyage au bout de l’enfer : plus qu’un film sur le Vietnam, c’est un film sur une communauté brisée par la guerre et qui va se recomposer par-delà ce traumatisme. La structure, tout comme la mise en scène de Cimino, offre une synthèse inédite entre la liberté qui souffle sur Hollywood et le goût du grand récit américain à la John Ford.
Le film est un triomphe critique et public, qui ouvre à Cimino une voie royale pour tourner La Porte du Paradis. On connaît la suite…
Christophe Lambert, Mickey Rourke…
Curieusement, là où on imagine le cinéaste dans un long purgatoire, il en sort cinq ans plus tard avec L’Année du dragon. Polar abordant à nouveau le conflit entre plusieurs générations d’immigrants, c’est un des films américains majeurs des années 80, à redécouvrir impérativement. Cimino n’avait rien perdu de son talent et aurait tout à fait pu reprendre une carrière flamboyante.
L’erreur de son film suivant est d’autant plus cruelle : prendre Christophe Lambert pour jouer un chef mafieux dans Le Sicilien. Les deux films suivants sont tout aussi inégaux : un remake impersonnel de La Maison des otages, Desperate hours, puis un road movie sans souffle, Sunchaser. Ensuite, c’est un long silence, fait de rumeurs et d’apparitions spectrales… Jusqu’à aujourd’hui, où La Porte du Paradis s’ouvre à nouveau pour Cimino.
Par Christophe Chabert, sur petit-bulletin.fr.
Aller plus loin
Intégrale Michael Cimino à l’Institut Lumière jusqu’au 3 mars

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