Maria et Marcel vivent depuis le mois d’août dans l’un des plus gros bidonville de Roms de l’agglomération lyonnaise, à Saint-Fons. Pour eux, aller à l’ONU le 30 novembre, à Genève, en Suisse, était une opération à la fois « militante et utile ».
Comme d’autres occupants du bidonville de Saint-Fons, ceux-ci sont sous le coup d’une OQTF (Obligation de Quitter le Territoire Français), la préfecture du Rhône considérant que ces ressortissants européens sont en situation irrégulière parce qu’ils vivent sur le territoire depuis plus de trois mois, sans ressources. Ces Roms devraient donc sortir des frontières françaises pour ne pas être arrêtés puis expulsés vers leur pays d’origine.
Ensuite, comme ils sont, malgré tout, citoyens de l’Union européenne, ils pourront retourner en France, bénéficiant de la liberté de circulation.
En voiture pour l’ONU
Des militants du MRAP Villeurbanne, accompagnés d’une équipe de France 3, ont donc conduit à Genève ces Roms. Ils ne sont pas seulement sortis du territoire, ils se sont rendus à l’ONU, où ils ont été reçus au Haut Commissariat aux Droits de l’Homme des Nations Unies, dans le Palais Wilson, sur le bords du lac.
L’entretien avec l’assistante du rapporteur sur le racisme a duré deux heures, explique un des militant du MRAP :
« L’objectif principal de ce voyage était de permettre à ces citoyens européens d’exécuter les OQTF et de dénoncer l’inefficacité de ces mesures, puisqu’il suffit de mettre un pied en Suisse et de revenir en France pour les annuler ».
Remettre la pression sur la France
La France s’est déjà fait remarquer à l’ONU, inquiète du sort réservé aux Roms. Suite aux expulsions en série des campements au mois d’août dernier, plusieurs rapporteurs des Nations unies avaient appelé le gouvernement français à s’assurer du bon respect des normes européennes et internationales relatives à la non-discrimination.
Interrogé par France 3, Gianfranco Fattorini, représentant du MRAP auprès de l’ONU a tiré un bilan positif de l’entretien dont l’objet était clairement de remettre la pression sur la France :
« En France, il y a un statut différencié pour les citoyens roumains, que ce soit dans l’accès au logement, au travail ou la possibilité de rester sur le territoire français. Il y a une discrimination de fait ».
Le soir même, les deux Roms de Saint-Fons sont revenus dormir dans leur cabane. L’esprit plus tranquille. Le tampon de la poste de sécurité de l’ONU devrait leur permettre d’attester, auprès des autorités, de la sortie du territoire français.
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