Le débat est caractéristique de toute discussion sur la prostitution en France depuis au moins 15 ans : «vous n’avez pas le droit de parler en notre nom». Il y a là un retournement de certaines personnes prostituées, qui est une merveille rhétorique mais qui est un pur sophisme :
1/vous parlez sans nous inviter donc vous parlez à notre place
2/puisque vous parlez à notre place vous nous faites taire
3/donc votre parole est illégitime et il faut vous taire.
C’est habile mais d’abord un colloque est un colloque, qu’il s’agisse du chômage, des ogm, de la prostitution, du viol, ou de l’assurance maladie… Il est légitime de faire un colloque sur les ogm sans y inviter Monsanto ou la confédération paysane, on peut les inviter mais leur absence n’enlève pas un gramme de légitimité. Idem pour la prostitution.
Ensuite, la parole prostituée existe, par voie d’articles, de livres, de tribunes ou d’interviews, individuelles ou d’associations (cabiria), syndicats (le strass).
Vu la position de ces associations et collectifs, il est normal qu’elles soient en colère, mais leur argument, systématiquement matraqué, de la parole confisquée, est malhonnête, rigoureusement faux, et manipulateur.
Un dernier mot, qui prolonge l’argument de la parole « confisquée ».
« Le colloque qui exaspère les prostituées lyonnaises ». Toutes les prostituées lyonnaises? Y compris les toxico paumé-e-s qui se paient leur dose de cette manière, au coup par coup? Y compris les chinoises à qui un passeur a confisqué leur passeport? Y compris les maliennes mineures à qui leur mac a bien expliqué qu’elles seraient expulsées si elles causent?
En vérité, personne ne sait exactement le nombre de personnes prostituées en France et encore moins combien seraient « indépendantes » et combien seraient dans une forme ou un autre de proxénétisme (il n’y a pas que les mafias, il y a des formes plus soft).
La question du monopole de la parole se joue aussi sur ce terrain là : il arrive à certaines organisation ou collectifs de vouloir parler au nom de toutes les personnes prostituées, donc de réduire une réalité plurielle à leur propre cas.
Quand ce sont les mêmes personnes qui accusent les chercheurs et politiques de « parler à leur place », cela soulève un problème de cohérence il me semble.
Soyons clair : certes je suis plutôt abolitionniste (au sens plus ancien du mot, pas au sens actuel « prohibitionniste »), mais je trouve normal que des prostituées s’expriment. En revanche, c’est la manière de s’arroger un monopole de la parole que je critique fermement. Ce qui inclue certain-e-s militantes abolitionnistes qui ne veulent entendre que ce qui va dans leur sens.
Simplifier jusqu’à la caricature des situations complexes ne me semble pas une bonne solution.
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