En juin dernier, Thierry Frémaux avait déçu bon nombre de cinéphiles en n’annonçant pas le nom du Prix Lumière 2012, laissant se développer un florilège de supputations plus ou moins hasardeuses.
Au bout du suspens, c’est finalement le réalisateur britannique Ken Loach qui succédera à Clint Eastwood, Milos Forman et Gérard Depardieu pour cette quatrième édition du Festival cinéma de Lyon.
Le prix récompense ainsi un cinéaste engagé politiquement. Membre de RESPECT, un petit parti trotskiste britannique, le réalisateur ne rate pas une occasion de transmettre ses idées. Comme en mai dernier, alors qu’il venait de remporter le Prix du Jury pour « La part des anges », son dernier long-métrage actuellement en salle. Ken Loach prononce alors un petit discours :
« Cannes nous montre que le cinéma n’est pas qu’un divertissement mais reflète la réalité du monde. Il montre ceux qui, en cette période difficile d’austérité, résistent. »
Une « réalité » qui résume à elle seule l’œuvre de celui qui, à 76 ans, ne se lasse pas de raconter les aspects les moins reluisants de notre société.
Avec Riff Raff (1990), Ken Loach pose déjà les jalons de son style si reconnaissable. Un mélange d’humour et de critique sociale, deux pôles entre lesquels il oscille depuis vingt ans.
De la Palme d’or au Prix Lumière
En 2006, l’Anglais reçoit la Palme d’or du festival de Canne pour « Le vent se lève ». Une œuvre sur la guerre d’indépendance irlandaise mettant en scène deux frères engagés dans l’IRA qui dénote avec ses autres réalisations.
Plus récemment, il s’attache à décrire le drame de l’exploitation des travailleurs immigrés sans-papiers avec « It’s a free world » (2007). Deux ans plus tard, il met en scène avec humour Eric Cantona pour raconter l’histoire d’une famille pauvre de Manchester dans « Looking for Eric ».
Ken Loach ne s’éloigne jamais trop de cette réalité souvent dure, mais à laquelle il adjoint des personnages attachants, avec leur lot de failles et d’attentes, souvent joués par des acteurs amateurs.
Une particularité qui donne à ses films une atmosphère contrastée, où se mêlent la noirceur de nos sociétés et les couleurs vives des personnages. Dès lors, un prix Lumière n’allait-il pas de soi pour un cinéaste qui manie si bien les contrastes ?

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