Pour Marine Le Pen, le scénario qui s’est écrit hier soir, dimanche 6 mai, n’est pas le meilleur. Certes, Nicolas Sarkozy a été battu, mais l’horizon n’est pas pour autant dégagé à droite pour le FN.
La victoire de François Hollande s’avère nette mais pas triomphale… Légèrement en deçà des dernières enquêtes d’opinion publiées avant le second tour, le résultat ne traduit pas un rejet franc et massif de la présidence Sarkozy. Il se place d’ailleurs bien loin des fantaisistes (après coup bien sûr) sondages de cet automne, plaçant le candidat socialiste autour des 60 %.
Bref, la droite, UMP en tête, est KO. Mais KO debout. Certes, la carte électorale de Nicolas Sarkozy en 2007 comporte de nombreux trous, son électorat s’est « périphérisé » alors que de très nombreuses villes ont glissé à gauche (Lyon, Villefranche-sur-Saône, Valence mais également Marseille, Avignon, Nîmes…), mais il tient bon, affiche une certaine cohérence loin de l’atomisation qu’on a pu constater en 1988 ou 1997. La débandade n’a pas atteint les rangs des militants UMP, malgré la perplexité affichée en privée par certains cadres, et même si cela a largement tenu de la méthode Coué.
Il semble donc que Marine Le Pen devra encore attendre pour la concrétisation de sa stratégie de satellisation après dislocation de l’UMP. Les législatives qui se profilent ne devraient pas être de tout repos pour le FN. C’est l’un des effets du quinquennat et de l’inversion du calendrier : les législatives suivant une présidentielle ont tendance à bipolariser les rapports de force. L’aspect « 3e et 4e tour » de ce scrutin démobilise une partie de l’électorat, ce qui raréfie les triangulaires meurtrières pour la droite. Si l’on suit l’histoire électorale du FN, ces dernières se sont surtout produites en 1993 et 1997, années d’élections législatives découplées de la présidentielle. En revanche, l’affaissement de la droite dans certaines circonscriptions (la 1ere de l’Ardèche par exemple) pourrait provoquer quelques duels PS-FN, soit une configuration peu favorable à l’extrême-droite.
Pour s’imposer comme arbitre de ces législatives, Marine Le Pen devra faire autre chose qu’attendre que l’hirondelle UMP lui tombe rôtie dans la bouche. Dès dimanche soir, elle a débuté les grandes manœuvres, en insistant notamment sur le label sous lequel se présenteront ses candidats, le Rassemblement Bleu Marine. Il incorporera des candidats « indépendants » comme Gilbert Collard ou du micro-parti de Paul-Marie Coûteaux.
Pas de quoi faire trembler l’UMP, mais le grand parti de droite devra cependant tenir ses troupes dans cette guerre des nerfs. Les appels du pied et autres danses du ventre devraient se multiplier pour grappiller quelques désistements ici ou là. Le tout sera de savoir quelle sera l’ampleur du phénomène.
Emmanuel SAINT-BONNET

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