À Lyon, le retour du printemps rime avec retour des manifestations. Ce jeudi 3 avril, deux manifestations ont été organisées, l’une par les acteurs et actrices de la culture, l’autre pour la défense des services publics et de la fonction publique.
Sous un soleil radieux, 800 personnes, selon la CGT, ont répondu présentes à ces deux rendez-vous. La préfecture évoquait, elle, le chiffre de 600 manifestants, pour le rassemblement dit « service public ».
Manifestations à Lyon : « Face à l’austérité, la culture riposte »
Le premier s’est déroulé à 11 h, place Jean-Macé (Lyon 7e). Une centaine de personnes se sont regroupées à l’appel de six organisations syndicales et professionnelles des arts, de la culture et de l’éducation de la région Auvergne-Rhône-Alpes.
« Face à l’austérité et à la guerre, la culture riposte », scandent les manifestant·es. Le rassemblement a, de nouveau, eu pour but de s’opposer, aux politiques d’austérité et de coupes budgétaires qui touchent le milieu culturel.
Une nouvelle fois, la Région a été particulièrement visée par les manifestant·es, comme lors d’une « action coup de poing » du 19 mars dernier à laquelle Rue89Lyon avait assisté.
Des coupes budgétaires vécues comme des « sanction politiques », tacle Antoine Galvani, de la CGT Spectacle, dans son micro. Il évoque aussi une « culture de la peur » instiguée dans le milieu : « Il devient difficile de critiquer la Région par peur des coupes », s’indigne le cégétiste.
Pour rappel, le TNG en avait fait les frais en 2023. La Région, n’avait guère apprécié les critiques à l’encontre de la gouvernance de Laurent Wauquiez (LR), ancien président de la Région et désormais chef des députés LR à l’Assemblée. La sanction a été claire : le théâtre s’est vu retiré la totalité de sa subvention annuelle de 149 000 euros.
En 2022, le montant de la baisse des aides s’évaluait à plus de 4 millions d’euros pour les acteurs culturels lyonnais. Une tendance qui devrait continuer : selon plusieurs syndicats, le spectacle vivant pourrait perdre 5,2 millions d’euros provenant de la Région en 2025, soit 12,7 % de son budget. D’autres parlent de 3 millions… Un chiffre que conteste la Région, comme nous l’expliquions dans notre article du lundi 31 mars. Cette dernière parle d’un budget culture « sanctuarisé ».
Pas de quoi convaincre les manifestants… « La même Région qui finance à hauteur de 500 000 euros de subvention un spectacle à la sauce ‘roman national’ », fustige Antoine Galvani, de la CGT Spectacles. Un deux poids deux mesures que nous avions révélé en septembre dernier.
Des manifestations à Lyon pour demander plus de moyens aux services publics
Aux alentours de 11 h 30, ce petit cortège s’est dirigé vers le square Delestraint (Lyon 3e) pour rejoindre l’autre manifestation du jour qui démarre à 12 h. Non sans chanter quelques slogans sur la route comme « C’est pas nos subventions qu’il faut couper, mais ce gouvernement qu’il faut virer », ou encore un simple, mais clair, « Wauquiez rend l’argent ! »
La troupe se joint aux personnes déjà rassemblées le long du quai Augagneur (Lyon 3e) à l’appel de l’intersyndicale pour demander plus de moyens aux services publics. À la fois pour les agents de la fonction publique et pour les usagers. « La fonction publique ne doit pas être la variable d’ajustement face à des choix politiques et budgétaires désastreux », s’indigne une syndicaliste dans son micro.
Le FSU, la CGT, Solidaires, l’UNSA et la CNT, à l’origine de la manifestation, dénoncent le désinvestissement, la marche vers la privatisation et les attaques subies par les services publics depuis des années. « Alors qu’ils sont aujourd’hui le socle du vivre ensemble, ils sont dévoyés pour être un profit supplémentaire qui ne servira qu’à quelques-uns », cingle Maud Miller, secrétaire adjointe à la CGT du Rhône.
Manifester contre les contraintes budgétaires d’une possible « économie de guerre »
La revalorisation des salaires, l’abrogation de la réforme des retraites et la dénonciation des plans sociaux menaçant de nombreux emplois en France et dans le département étaient, une fois encore, au menu de la manifestation.
« Les salaires sont bloqués, car les patrons nous expliquent que c’est la crise alors que les dividendes reversés aux actionnaires du CAC 40 n’ont jamais été aussi hauts », s’insurge la militante CGT Maud Miller. « Les patrons licencient, licencions les patrons ! », chante, à quelques pas, le cortège de l’UNEF qui s’est joint au rassemblement.
Le contexte géopolitique s’invite aussi dans les mots d’ordre. « Derrière les discours martiaux sur ‘l’économie de guerre’ se cachent de bas intérêts capitalistiques, car la guerre ça rapporte. Et la guerre reste le meilleur moyen de faire accepter l’inacceptable », écrivait les syndicats dans leur communiqué.
Dans une allocution télévisée du 5 mars, Emmanuel Macron a annoncé vouloir augmenter les investissements en matière de défense, « compte tenu de l’évolution des menaces », notamment celle de la Russie de Vladimir Poutine.
« Macron, Bayrou et le patronat veulent nous faire croire que situation internationale doit faire renoncer au progrès social et aux luttes nécessaires pour l’imposer », clame une syndicaliste au micro devant la foule. « Aujourd’hui, on instaure un climat de peur chez les citoyens pour faire croire que l’abrogation de la réforme des retraites, n’est pas l’urgence », complète Maud Miller.
De telles manifestations sont appelées à se réitérer à Lyon, comme partout en France, alors que le contexte politique national et international est de plus en plus tendu et axé vers l’austérité budgétaire.
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