Découvrez la tribune de Claude Habib, écrivaine et professeure de lettres, spécialiste de la littérature du XVIIIe siècle et de Rousseau. Elle interviendra le 20 novembre dans un débat intitulé « La tolérance ».
Les guerres de religion qui déchirèrent l’Europe au XVIe siècle déterminèrent, au siècle suivant, un renouvellement de la philosophie politique, dans deux directions contraires : la conception de l’État absolutiste avec Hobbes, et la conception de l’État libéral avec Locke. Il s’agit de deux manières opposées d’en finir avec la violence religieuse, soit par la soumission de tous à la toute puissance du Prince, soit par le retrait de l’État cessant d’interférer dans les croyances individuelles, à condition qu’elles ne causent pas de désordres publics.
Dans cette seconde solution, promise à un grand avenir, l’État n’est concerné que par la vie matérielle de ses sujets – leur sécurité et leur prospérité. Il n’a rien à dire quant à leur vie spirituelle. Sa tâche est de permettre la coexistence pacifique des cultes, sans trancher entre les idées diverses que les sociétaires se font à propos du salut, du bien suprême, et par extension du meilleur genre de vie. La « poursuite du bonheur » devient une prérogative de l’individu. L’Etat n’a plus à dire le bien, mais à permettre à chacun de le chercher.
« Les vertus traditionnelles deviennent sujettes à contestation »
La conséquence, du point de vue de l’individu, est la promotion de la tolérance, qui devient la vertu centrale des sociétés modernes : la seule qui soit absolument nécessaire et requise de tous, tandis que les vertus traditionnelles – telles que la prudence, le courage, la modération, la chasteté…- deviennent sujettes à la contestation, susceptibles d’être réévaluées ou dévaluées au gré des choix individuels.
L’effort de tolérer ce qui déplaît, tel est le prix que chacun doit acquitter pour vivre dans la société ouverte : c’est le coût, pour chacun, de la poursuite du bonheur.
« La tolérance », mercredi 20 novembre de 19h à 20h30 à l’Opéra de Lyon. Animé par Pascale Tournier (La Vie), avec :
- Claude Habib : Claude Habib est écrivaine, et ancienne élève de l’Ecole normale supérieure de Fontenay–aux–Roses. Elle est professeure de lettres, spécialiste de la littérature du XVIIIe siècle et de Rousseau. Elle a dernièrement publié Comment peut–on être tolérant ? aux éditions Desclée de Brouwer où elle explique la notion de tolérance.
- Jean-Marie Le Gall : Jean Marie Le Gall est professeur d‘histoire moderne à l‘université de Paris 1 (Panthéon–Sorbonne), Il est spécialiste de la Renaissance.
- Makram Abbès : Makram Abbès est un ancien élève de l’École normale supérieure de Fontenay Saint–Cloud. Il est maître de conférences à l’ENS–LSH où il est responsable de la préparation à l’agrégation d’arabe. Ses recherches portent sur la philosophie morale et politique de l’Islam classique, et notamment sur les thèmes de la guerre et du gouvernement.
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