« Ça pue, il y a des cafards et il fait froid ».
Voilà le constat amer de Farid devant une tour de seize étages, qui doit « péter » l’année prochaine. Pour autant, ce petit reportage de l’émission diffusé par France 24 ne verse pas dans les clichés habituels que l’on colle aux banlieues des grandes villes.
Une ancienne salle de sport de combats , une MJC (Maison des jeunes et de la culture) aux rideaux toujours baissés, un boulodrome refait à neuf rarement ouvert… Le plateau des Minguettes, à Vénissieux, ville la plus pauvre de la métropole de Lyon où résident plus de 62 000 habitants, paraît délaissé.
En 2012, la rédaction avait publié un article sur le taux de pauvreté local dans les 100 plus grandes villes. A Vénissieux, il atteignait les 32%, tandis que le revenu médian des ménages pauvres était de 734 euros. Malgré la richesse de l’agglomération lyonnaise, on comprend que de fortes inégalités persistent entre les quartiers aisés et défavorisés. Rue89Lyon
Accompagné de John qui fait des études en sciences politique, l’infirmier ne veut pourtant pas se résigner :
« Ce n’est pas une situation difficile, mais elle pourrait être largement meilleure. »
S’il reconnait qu’une politique culturelle est mise en place aux Minguettes, Farid précise qu’elle n’est pas adaptée à la population.
Tandis que les étudiants en commerce Éliés et Moad semblent obligés de partir en Algérie ou à Dubaï pour trouver du travail, Farid a souhaité revenir aux Minguettes pour ouvrir un centre médical au cœur de la ZUP (Zone à Urbaniser en Priorité).
« Ce qui m’a poussé à revenir, c’est la population », explique-t-il.
Un pédiatre quadrilingue
Pour son centre médical, Farid a mis sept ans à trouver un pédiatre. Le Docteur Nasser Bouz est le deuxième praticien à Vénissieux. Quadrilingue, le pédiatre d’origine syrienne a quitté son pays en guerre pour venir s’installer dans une zone que certains qualifient de dangereuse.
Mais le docteur Nasser Bouz n’est pas de cet avis :
« Moi, justement, j’ai choisi Vénissieux car c’est une région qui a besoin d’un pédiatre. Je suis vraiment content d’être ici ».
Farid est ravi :
« Il parle Français, Arabe, Anglais, Roumain. On pourrait croire qu’il a été fait pour Vénissieux ! »
Dans le reportage, on entend des sifflements, ceux des « choufs » (ou guetteurs) qui préviennent de l’arrivée de la police. On entend Farid parler de souvenirs d’enfance, ceux d’une petite amie d’il y a vingt ans, « Véro », quand il y avait encore de la mixité dans le quartier.
Évitant de verser dans le misérabilisme mais pas d’aborder les questions qui traversent cette banlieue lyonnaise, « Pas 2 Quartier » fait une plongée pertinente dans Vénissieux, efficace et concise.
Équilibré et attractif notamment du fait du charisme de Farid, le reportage réussit à faire passer un message assez positif à travers son humour et une forme de franc-parler.
À voir ci-après, diffusé sur France24.com
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