Verviers, en Belgique, est l’une des communes les plus concernées par le radicalisme violent. Son Centre régional pour l’intégration a élaboré une méthode pour prévenir cette radicalisation. Son directeur se trouvait au début du mois de décembre 2015 à Vénissieux, pour parler de ce dispositif.
Le 15 janvier 2016, une semaine après les attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Cacher, une grande opération antiterroriste faisait deux morts à Verviers, en Belgique. Le monde entier découvrait cette commune de 60 000 habitants et sa cellule terroriste.
Pour le directeur du Centre régional de Verviers pour l’intégration (CRVI), Daniel Martin, ce fut « l’électrochoc » :
« On a dû se remettre en question et travailler rapidement cette question ».
En quelques mois, le centre que dirige depuis quelques années cet ancien éducateur de rue de Molenbeek est devenu une référence en matière de prévention de la radicalisation en Wallonie. Ce sont eux qui assurent les principales formations sur le sujet pour les fonctionnaires en contact avec des jeunes.
« Distinguer les personnes radicalisées des musulmans »
La « méthode Verviers » repose sur la mise en réseau des professionnels de premières lignes : enseignants, travailleurs sociaux, employés des services publics. Cela débute par une rencontre d’une journée entre des professionnels et des experts.
Dans la matinée, ces experts (islamologues, sociologues, criminologues,…) apportent leur point de vue. On peut voir un condensé de leurs interventions dans la vidéo ci-dessous.
Les propos de ces experts sélectionnés par le CRVI convergent vers l’idée qu’« il faut distinguer les personnes radicalisées des musulmans ». Le directeur explique :
« La dimension religieuse est un des éléments du terreau. Mais on ne peut pas évacuer la question sociale ».
Au coeur du discours, l’idée qu’il faut « réparer » nos sociétés :
« Je ne trouve pas d’excuses aux terroristes. Mais après le temps de la condamnation vient le temps de la réparation. »
Daniel Verviers refuse d’être qualifié de « bisounours » :
« Au contraire, notre approche est pragmatique. La France et la Belgique sont des champions de l’exclusion scolaire et sociale. On nous bassine tout le temps avec le « vivre ensemble » mais on n’a pas de projets pour nos jeunes dont le sentiment d’appartenance à la communauté nationale recule. Dans ce contexte, le radicalisme violent fonctionne comme un prêt-à-penser fourni par une secte ».
Politiquement, Daniel Martin propose que pour « un euro » investi dans la sécurité, « un euro » le soit aussi dans la prévention :
« A force d’exclusion, on crée des gens dangereux. Il faut travailler sur les causes en luttant notamment contre les discriminations ».
« Mieux qu’un numéro vert »
Une fois posées ces analyses, l’essentiel du travail de prévention de la radicalisation repose sur la mise en réseau de ces professionnels (essentiellement travailleurs sociaux et enseignants) à l’échelle hyperlocale. Daniel Martin :
« Sur un sujet aussi « touchy », des personnes qui ne se connaissent pas n’oseront jamais échanger. On construit donc un réseau à l’échelle du quartier ».
L’objectif est la mise en place d’une « vigilance bienveillante » dans un quartier pour apporter du « soutien aux victimes ». Grâce à ce dispositif, expose le directeur, des « mamans » sont venues confier leurs difficultés.
« On suit par exemple une mère de famille dont les deux ados ont commencé à se radicaliser en tenant un discours de plus en plus sectaire et en trouvant bien ce que faisait l’Etat islamique en Syrie. Elle a pu venir nous le dire car l’info est passée sur le fait que l’on est disponible et formé pour aborder cette question là ».
La mère de famille a notamment été aiguillée vers un psychologue, en plus du suivi assuré par les travailleurs sociaux du CRVI.
« Il s’agit d’un signalement. C’est mieux qu’un numéro vert car on ne sait pas qui est derrière. Evidemment, si ça va trop loin, on préviendra la police ».
Avec les travailleurs sociaux des Minguettes
Daniel Martin n’a pas d’autre choix que de rester modeste ; il ne clame pas avoir trouver « la » solution :
« Tout le monde cherche. On tâtonne. C’est une tentative d’expérimentation. »
Pour l’instant, cette formation concoctée à Verviers n’a pas franchi les frontières de la Belgique.
Et si le directeur du CRVI est venu par deux fois à Vénissieux, c’est par l’entremise de Nadia Bessard, la directrice adjointe du centre social Eugénie Cotton (l’un des centres sociaux des Minguettes). Elle a dû en effet aller en Belgique se former sur cette question.
Convaincue par la démarche, elle a fait venir Daniel Martin une première fois le 20 novembre 2015 pour une intervention d’une demi-journée devant des travailleurs sociaux des Minguettes.
Il est revenu le vendredi 4 décembre 2015 pour une soirée au lycée Jacques Brel. Elle avait d’abord été programmée le 20 novembre dernier en raison de l’état d’urgence déclaré. On y a compté aussi pour intervenant Toumi Djaidja, l’initiateur de la Marche pour l’Egalité de 1983. Cette soirée avait pour thème « En marche vers une société harmonieuse ». Tout un programme.
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