A l’approche de l’échéance fixée au jeudi 12 décembre, la situation semble se crisper autour du dossier Kem One. Ce jour-là, le tribunal de commerce de Lyon désignera, ou non, un repreneur pour l’entreprise chimique placée en redressement judiciaire depuis mars.
« Au vu de l’indigence des dossiers de reprise que l’administrateur judiciaire nous a présentés hier, nous avons décidé de bloquer les portails demain (mercredi) à 08H00. On s’enferme dans nos usines, on les occupe, même si on poursuit la fabrication. Personne ne rentre ni ne sort tant que nous n’obtenons pas des éléments tangibles », a déclaré mardi à l’AFP (via lepoint.fr) Philippe Lemarchand, coordinateur CGT basé à Fos-sur-Mer (Bouches-du-Rhône).
Ce mercredi matin, donc, les sites de production de Kem One sont en grève. A Saint-Fons, on continue toutefois à produire, « à marche réduite dans un souci de préservation de nos installations en période hivernale », explique un tract syndical. Un rassemblement s’est tenu à midi devant l’usine de Saint-Fons, avant une assemblée générale à 17h, qui a décidé de reconduire la grève jusqu’à jeudi 17h à Saint-Fons.
Crispation syndicale
Ce lundi, la pression était montée d’un cran autour du dossier Kem One. Ce jour-là, les syndicats ont en effet appris que le préfet, Jean-François Carenco, pourrait demander un nouveau report d’une semaine de la décision du tribunal puisque deux conditions suspensives n’étaient toujours pas levées. Celles-ci concernent les négociations avec EDF sur le prix de l’électricité et celles avec Total au sujet des prix de l’éthylène.
Trop c’est trop. Las d’attendre, les syndicats (CGT, CFE-CGC, FO et CFDT) ont alors, par voie de communiqué, annoncé qu’ils envisageaient de bloquer les différents sites de production ce mercredi, veille de l’audience au tribunal. Une décision confirmée en assemblée générale ce mardi. Les organisations syndicales avaient par ailleurs annoncé lundi leur refus de se rendre à une convocation du préfet prévue ce mardi, « tant qu’une solution n’est pas trouvée »
La patience semble trouver ses limites chez les salariés de Kem One, où 1300 emplois sont menacés. Et où on a dû faire face à de nombreux soubresauts depuis la vente de la branche par Arkema. Jeudi dernier, le 5 décembre, déjà, la CGT avait annoncé qu’elle suspendait son projet de reprise, face au « manque de volonté politique ».
Une décision avant Noël
L’annonce d’un possible blocage des sites de production a fait réagir Jean-François Carenco ce lundi soir. Il reconnaît que la levée de certaines conditions n’est pas « formalisée », tout en expliquant qu’il y travaille activement. Mais pour lui, le blocage de la production n’est pas une bonne idée :
« Il est simplement de nature à inquiéter très fortement des repreneurs de très bonne volonté et n’amène rien à la résolution des problèmes posés. »
Il reconnaît également avoir demandé au tribunal de commerce un délai. Mais pas d’inquiétude, les salariés de Kem One seront fixés avant Noël :
« Le Gouvernement s’est toujours engagé à ce qu’une décision définitive intervienne avant Noël, ce sera le cas, le reste est affaire de procédure. Et peu importe un report éventuel de 8 jours si cela est pour réussir. »
Mercredi en fin de journée, le préfet du Rhône s’est à nouveau exprimé. Dans un communiqué de presse, il prend acte de la grève qui touche les sites de Kem One, « comprend par ailleurs l’inquiétude des salariés » mais « tient à rappeler, à la veille de l’audience, que ces actions n’ont aucune utilité et n’auront aucune influence sur l’avancée du dossier ». Et il « réaffirme sa grande confiance dans l’issue positive de ce dossier ».
> Mis à jour à 18h avec l’annonce du blocage des sites de production.
>Actualisé le 11 décembre à 1045 avec le détail des actions prévues à Saint-Fons. Et à 17h20 avec le communiqué de la préfecture du Rhône et l’annonce de la reconduction de la grève à Saint-Fons.
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