Siège de la Région Oropotamie, 15 mai 2014
Tout le monde connaît ça : le pouvoir, c’est une histoire de cercles.
Si l’on prend l’exemple du nouveau pouvoir à la région Oropotamie, les cercles sont particulièrement concentriques. Au centre de tous, on trouve le Chef, Hubert Domitien.
Sur le premier cercle gravite ce qu’il appelle sa «garde nationale»: un aréopage hétéroclite d’ecclésiastiques traditionalistes, d’universitaires révisionnistes , de pétainistes (2), d’aristocrates antirépublicains (3), de personnages, très jeunes ou très âgés, qui cultivent leurs références au nazisme (4), au fascisme et au franquisme comme on révise ses classiques (5).
Sur le deuxième cercle évoluent quelques piliers du Bataillon Français, vieilles rombières à caniche, militaires orphelins de l’Algérie, petits chefs d’entreprises un peu dépassés par leur époque, effrayés par la rumeur du monde, enfermés dans la nostalgie de tous les temps révolus.
Le troisième cercle est plus distant. Ce sont les ralliés de la dernière heure, des recalés des partis de droite, des libres-penseurs mal inspirés qui se chercheront toute leur vie, quelques jeunes gens bien mis aux dents longues. La plupart savent pertinemment où ils arrivent et se sont résolus à vivre en compagnie de tous les autres. C’est pour eux le prix à payer pour faire carrière dans le pouvoir de demain où les meilleures places s’ouvrent aux ambitieux.
En revanche, les plus lointains sympathisants, eux, sont tombés dans le miroir aux alouettes d’un parti qui est parvenu à leur apparaître comme paradoxalement moderne et porteur de solutions nouvelles. Très jeunes ou très naïfs, leur culture politique et historique a fait l’impasse sur l’affaire Dreyfus, sur les causes de la guerre 14-18, sur les ligues des années trente, sur les atrocités de la Seconde Guerre mondiale ou sur les barbouzeries de la guerre d’Algérie… Ils peuvent entendre sans sourciller Jeanne-Marie de Kervenac’h citer Jaurès dans le texte tout en se réclamant de ceux qui avaient appelé à son meurtre. Ils se plaisent à l’écouter mâtiner d’accents marxistes son vieux catéchisme patriotique. Ils se laissent bercer par la petite musique de son syncrétisme politique.
C’est à coups de paradoxes, de contresens, d’antilogies, mais sans jamais aucun reniement, que le Bataillon Français a réussi à élargir son audience.
A suivre…
Ceci est une fiction, mais…
1 – Dans la réalité, Bruno Gollnisch a été poursuivi pour révisionnisme. Lire ici un intéressant compte-rendu d’audience.
2 – Yvan Benedetti, un temps embauché comme collaborateur du groupe d’élus FN à la Région, est l’animateur de l’Œuvre française, mouvement ouvertement nostalgique de Pétain, fondé par Pierre Sidos, fils d’un haut responsable de la Milice sous l’Occupation. L’Œuvre française compterait encore bien des représentants au FN.
3 – Parmi les figures qui ont gravitent autour de Bruno Gollnisch, on croise Jean-Loup de Lacheisserie, époux d’une conseillère régionale actuelle, qui, selon Le Progrès, suit tous les dimanches une messe traditionaliste en latin dans une église du Beaujolais. Il a quitté le FN, déclarant qu’il n’avait « qu’un seul parti, celui de Dieu, le parti catholique intégral ». « Je ne voterai plus. De toute façon, je ne suis ni un démocrate, ni un républicain. Les valeurs de liberté, égalité, fraternité ne sont pas des valeurs chrétiennes mais des valeurs franc-maçonnes».
4 – En 2002, le magazine Le Point s’est intéressé aux fondateurs du FN en 1972. Aux côtés de Jean-Marie Le Pen, on trouvait de nombreux anciens collaborateurs, membres de la Milice et waffen SS.
5 – N’oublions pas le benjamin Alexandre Gabriac, fondateur des Jeunesses nationalistes, qui, selon leur propre blog, organisent des voyages en Espagne pour se recueillir sur la tombe de Franco, ou en Italie pour rencontrer les néo-fascistes…
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