La librairie de Lyon fait partie avec, notamment, la librairie Arthaud à Grenoble, des 9 magasins sur les 57 du groupe Chapitre, qui fermeront leurs portes à défaut de trouver un repreneur. La direction justifie la situation en évoquant les difficultés que connaît le marché du livre et estime que ces fermetures permettront au reste du groupe de survivre.
Vitrine de la librairie Chapitre de Bellecour. Crédit : Jérémy El Mlaka/Rue89Lyon
« Mort à crédit » côtoie « Indignez-vous »
En plus de l’informative banderole « Non aux fermetures. Lyon : 23 licenciés », la vitrine de la boutique met en valeur des livres aux titres évocateurs. « Mort à crédit » de Céline côtoie l’essai « Indignez-vous » de Stéphane Hessel, en même temps que le livre jeunesse « Patatras ».
A côté de ces livres de circonstance, on trouve aussi des choix moins attendus. Un libraire propose aux lecteurs « Effondrement » de Jared Diamond, qu’il sous-titre lui-même « Ou comment décider de sa disparation ou de sa survie ».
Un message envoyé à Najafi, l’unique actionnaire d’Actissia, propriétaire de l’enseigne Chapitre, dont les salariés dénoncent des décisions contre-productives et éloignées des attentes des clients lyonnais. Pour cette salariée, qui souhaite garder l’anonymat, « la librairie a perdu son âme » :
« En proposant de plus en plus de blockbusters en tête de gondole, d’opérations marketing d’éditeurs, on s’est peu à peu mis sur le même créneau que la FNAC. Le côté culturel, qui faisait notre spécificité, a été balayé. On s’est banalisé et les clients n’ont pas apprécié. »
Les livres conseillés par les libraires de Chapitre. Crédit : Jérémy El Mlaka/Rue89Lyon
Libraires, pas vendeurs
Chacun des livres conseillés aux passants a été choisi par un libraire. On trouve donc à la fois des livres pour enfants, des romans, des essais ou des illustrés. Mais tous n’ont pas eu la même approche de cette tribune improvisée, comme l’explique Lisa, libraire à Chapitre depuis 7 ans :
« L’idée c’était de mettre un livre qui nous correspondait. La plupart ont choisi des bouquins en rapport avec ce qui nous arrive aujourd’hui. D’autres ont opté pour des clins d’œil plus personnels ou tout simplement pour de réels coups de cœur. »
A travers cette vitrine, c’est aussi une vision de leur métier qu’ils défendent. Une des plus anciennes salariées de la librairie qui a vu se succéder beaucoup de propriétaires, s’indigne des injonctions de la direction qui ont progressivement altéré le travail des libraires :
« Ils ont racheté une librairie indépendante pour en faire une chaîne. Et on nous a fait devenir des vendeurs, obligés de retourner aux éditeurs les livres qui ne s’écoulaient pas assez rapidement. Désormais, on fait aussi de la maintenance, de l’emballage et l’on a beaucoup moins de temps pour notre activité de conseil. »
Dans la librairie, qui accuse une baisse importante de clientèle depuis quelques années déjà, personne n’est vraiment surpris de la situation. Il n’empêche que les salariés, qui avaient tenté de s’opposer aux orientations venues de Paris ont l’impression que Najafi n’a pas fait tout son possible pour essayer de la redresser.
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